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maman me tenant dans ses bras Aussi, grâce à l'éducation reçue de ma mère, je sus lire et écrire couramment, dès l'âge de six ans, alors que mes petits camarades de classe découvraient l'école et le cours préparatoire. Nous étions nombreux dans la classe et maman, comme tous les enseignants, à cette époque, devaient dans la même salle de classe, dispenser son savoir, adapté à chaque niveau. Il y avait le cours préparatoire, puis le cours élémentaire, suivis des cours moyens première et deuxième année et enfin, la classe de certificat d'étude. Une seule matière nous était à tous dispensée, quelque soit notre niveau et notre âge, dès l'entrée en classe le matin, c'était la "Leçon de morale". Mes cousins germains Marcel et Jacques eurent également ma mère pour institutrice à Préty, petit village proche de Tournus, après avoir traversé la Saône.
Soixante quatre ans après, l'école semble ne pas avoir changé:toujours la même façade et la même cour de récréation.
Toujours la même église à côté et sa place protégée par l'ombre de l'immense platane, arbre remarquable, plusieurs fois centenaire. Que de coeurs insérés d'initiales et de prénoms, transpercés par les flèches de Cupidon, ont été dessinés dans son écorce. Que de promesses d'amour ont grandi avec lui, et restent gravées à tout jamais sur son tronc.
Aujourd'hui, Préty est un village embelli par son fleurissement. Chaque année, depuis dix ans maintenant, il se distingue, remporte régulièrement des succès et reçoit des récompenses, aux concours départementaux et régionaux de fleurissement.
Ces distinctions sont le fruit du travail effectué bénévolement par l'association "Préty pierres et fleurs", présidée et animée par mon cousin Marcel, depuis près de dix ans maintenant.
Une seule image forte de l'époque de ma petite enfance, vécue ici, est restée gravée dans ma mémoire: celle d'un soldat allemand en uniforme, casqué et botté, le fusil à l'épaule, "faisant les cent pas" dans la cour de l'école. Il arpentait cette cour de récréation, de long en large, tandis qu'une pie sautillait, voletait, gracieuse et impertinente, cherchant de quoi manger.
Ce devait être pendant les grandes vacances, alors que mon père, prisonnier, avait réussi à se sauver avec un copain et rejoint la résistance qui s'organisait. Il était activement recherché par la Gestapo et l'école où nous habitions, ma mère, ma soeur et moi, était sous surveillance.
J'étais vraiment petit, et à part ce soldat allemand déambulant dans la cour de l'école, il ne me reste que deux autres images de cette guerre qui touchait à sa fin. Celle de la gare de Tournus en feu et d'une nuée d'avions dans le ciel, dont le bourdonnement des moteurs ressemblait à celui d'un essaim d'abeilles.
C'étaient les américains!
Ma mère fut mutée, année après année, successivement, de Préty à Messey sur Grosne, puis à Savianges, et à Cuiseaux. Sans doute était-ce à cause de sa santé fragile, que nous déménagions dans le même département, presque tous les ans?
Je n'en suis pas certain...!
Pich